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NTEGA-MARANGARA-GAHUTU REMI 
 
 
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Tutsi militaire témoigne

LES EVENEMENTS DE NTEGA MARANGARA 
 
 
 
Les évènements de Ntega Marangara ont été interprétés par les uns et les autres selon leurs appartenances ethniques. Rares ont été les Burundais qui ont analysé ces évènements à la hauteur des faits, des responsabilités des groupes. Plusieurs hutu avaient tendance à défendre la version de la provocation de l’armée qui a passé aux massacres après des jours de manœuvres. Plusieurs tutsi défendent la version d’une armée qui est intervenue sans faire des massacres.  
 
 
 
Les faits 
 
Profitant de la confusion et de l’absence de programme du pouvoir, le Palipehutu commença à lancer des tracts extrémistes. Il préparait une révolte des hutu pour tendre un piège au pouvoir et à l’armée dits « tutsi ». 
 
Ces tracts inondent les milieux hutus surtout au nord du Burundi. Certains hutu rejoignent ce parti en espérant un avenir meilleur. Ces tracts présentent une vision très manichéenne de la situation. 
Un tract n°2 dit ceci « Existe-t-il un seul tutsi qui n’a pas tué ou pillé les biens d’un hutu en 1965, 1969, 1972, 1973 ? A aucun moment les tutsi n’ont rêvé de faire du bien à un hutu… » 
 
Ces tracts ont pour objet la préparation psychologique des hutu à un éventuel massacre des tutsi, considérés globalement comme des méchants. 
Par ailleurs, pendant toutes ces années, des tutsi ont protégé les hutu contre l’armée et les milices tutsi. Il y’a également des hutu qui ont caché des tutsi pendant les massacres de 1972. 
 
Face à la réticence des paysans hutu à adhérer au plan du Palipehutu, les agitateurs ont démontré avec les « preuves » l’appui d’une attaque imminente de l’armée. En faisant des réunions nocturnes, ces extrémistes ont suscité l’inquiétude du pouvoir local. Il a été contraint de demander aux autorités nationales des patrouilles de nuit de la gendarmerie. Ainsi, ces patrouilles ont été les preuves de la reconnaissance pour une attaque militaire. 
Pour couronner leur propagande, ils présentèrent un montage de fausse lettre entre tutsi appelant au début des massacres. Cette fausse lettre a été le déclencheur de l’adhésion de plusieurs hutu de la colline Mugendo au massacre des tutsi. 
 
Le pouvoir, étai-il au courant des préparatifs ?  
 
Contrairement à une certaine propagande, les événements de Ntega et Marangara ont surpris le pouvoir de Bujumbura. Des décisions n’ont pas été prises à temps sur les mesures à prendre. On a vu le ministre de l’intérieur Kadoyi cafouiller à Ngozi allant jusqu’à se faire gifler par une femme hutu. 
 
Certains hutu ont affirmé que l’armée était en manœuvre dans les communes de Ntega Marangara. Cette affirmation est fausse et non fondée.  
En effet, dans l’armée burundaise, le mois de juillet et le mois d’août sont des mois de vacances. Les militaires se relaient et en cette période, les camps disposent de la moitié des effectifs qui sont affectés exclusivement à la garde.  
Je connaissais très bien les périodes de manœuvre des militaires de Ngozi car il arrivait que notre bataillon ou compagnie soit opposée à une compagnie de Ngozi.  
 
En juillet 1988, en partant en vacances, j’ai eu des contacts à mon passage à Ngozi avec des officiers de Ngozi. Certains partaient en congés.  
Les premières interventions dans Ntega Marangara ont été très timides et le commandant de camp Nengeri avait eu peur d’intervenir sans ordre précis de l’Etat Major de Bujumbura. L’Etat Major attendait le retour du Président Buyoya parti au Congo Brazza pour la fête des Trois Glorieuses.  
La première compagnie est intervenue avant les ordres officiels. Le Colonel Nengeri a été taxé de mollesse par d’autres officiers pour avoir hésité au moment où des massacres avaient commencé à Ntega. …….. 
 
 
 
Les massacres sur le terrain 
 
Sur le terrain, les massacres de tutsi par des extrémistes hutu se passent les premiers jours. L’intervention de l’armée permet de les stopper mais les massacres de plusieurs hutu commencent par les militaires.  
Les militaires ont tué aveuglement, sans distinguer un insurgé d’un simple citoyen. Pire, il n’y a pas eu de prisonniers, certains passaient au fusil d’autres étaient tués à la baïonnette.  
Des actes de barbaries ont été commis selon des témoignages des officiers qui étaient sur le terrain. Des enfants en bas âge ont été massacrés à la baïonnette, des femmes. Des groupes de hutu ont été décimés à la mitrailleuse et j’en passe.  
 
Face à cette situation explosive, trois réactions différentes chez les hutu s’observent sur le terrain. Les uns fuient le pays, les autres s’organisent avec les tutsi pour contrecarrer cette menace alors d’autres organisent des massacres à partir des collines Mugendo et Mwendo. Ils tuent systématiquement tous les tutsi et les hutu qui ne veulent pas les aider. Aussitôt les massacres commencés, les chefs des mouvements se sont repliés vers le Rwanda, d’où ils sont venus pour fuir la répression de l’armée. 
 
L’intervention de l’armée est critiquée par les tutsi et par les hutu. Plusieurs tutsi accusent l’armée d’intervenir avec un retard alors que plusieurs hutu disent que cette intervention est la cause des massacres. Ils la jugent aussi très violente. 
Ce retard est interprété par plusieurs intellectuels hutu comme volontaire pour faire des massacres des hutu à grande échelle. Du côté de plusieurs tutsi, c’est un signe manifeste d’un pouvoir faible. 
 
A l’étranger, une campagne contre le gouvernement burundais s’intensifie surtout en Allemagne. La première victime sera le colonel Nengeri qui sera expulsé alors qu’il faisait des études d’Etat major en Allemagne.  
Contrairement à cette campagne, Nengeri n’était pas le boucher de Kiremba. Ce n’est pas son bataillon qui a fait les massacres de Kiremba mais un autre. Nengeri a accepté de recevoir les coups sans se défendre car il devait protéger son chef car le commandant de ce bataillon est devenu un chef militaire qu’il ne fallait pas salir.  
Sur le terrain, les extrémistes hutu massacrent et gardent leur mobilité. Les honnêtes citoyens hutu qui ne se reprochent de rien restent sur place. Ils seront tués par les militaires. 
 
Ce qui est clair, c’est que les consignes d’une guerre propre n’étaient pas données. Casser du hutu dans Ntega et Marangara n’était pas dit mais faisable et toléré, c’est le moins que l’on puisse dire.  
 
Les leçons de Ntega Marangara 
 
Celui qui pleure que les hutu massacrés de Ntega Marangara n’apporte pas de solution. Pire, il envenime la situation. Celui qui ne pleure que les tutsi massacrés à Ntega Marangara, de même.  
Le Burundi a perdu. Ses enfants, ses fils et filles ont été massacrés par des extrémistes hutu et extrémistes militaires. Ils ne sont pas dignes d’être Burundais. Personne ne peut accepter d’endosser des responsabilités qui incombent aux individus. Tous les hutu n’ont pas tué. Tous les militaires n’ont pas tué.  
 
Mon témoignage d’un autre Ntega Marangara évité 
 
Comme je l’ai dit,…, j’ai reçu l’ordre de rétablir l’ordre à …... Rétablir l’ordre en c e temps avait sa signification car il était entendu que ce sont les « hutu qui se rebellent ». Il était 19 heures et il faisait déjà nuit. J’ai donné l’ordre à mas militaires tout en mesurant ma responsabilité. Des hutu de …… avaient pris des machettes, des arcs, lances et avaient bloqué une route. Mon cœur me disait qu’il fallait à tout prix éviter le bain de sang. La grande équation était de savoir comment éviter le bain de sang et dégager la route barrée par des hommes et femmes armés de machettes, arcs et lances.  
 
J’avais dit aux militaires que personne ne pouvait tirer sans mon ordre et que c’était formel. Arrivés à 50 mètres de la première barrière, j’ai trouvé des hutu qui tenaient à tout prix leur barrière. Les militaires ont crié pour me dire qu’ils veulent tirer et j’ai dit non. On a maintenu le camion en moteur avec des phares allumés. Je suis descendu du camion seul et j’ai refusé aux autres militaires de descendre malgré leurs protestations. Devant le camion, j’ai armé mon kalachnikov pour éviter toute surprise. Je ne pouvais tirer que pour me défendre. J’ai négocié avec ces paysans en cherchant un responsable pour qu’on discute. J’ai montré que je comprenais leur appréhension et j’ai expliqué que nous sommes leurs frères, que rien ne peut se passer contre eux. On était là pour les défendre. Après 2 hrs de palabres, ils ont accepté de rentrer et de démanteler les barrières.  
 
Un commandant est venu au moment où je négociais. Il voulait donner l’ordre à mes militaires de tirer. Je lui ai dit que malgré le respect que je lui dois en tant que lieutenant et lui commandant, s’il ajoute encore un mot, que je vais tirer sur lui. Je ne pouvais pas accepter qu’il fasse tomber dans l’eau deux heures de négociation. J’ai obligé le commandant à retourner dans sa jeep. ….. 

 
Ce témoignage montre la complexité de la situation en ce moment. Il montre la situation de l’officier sur le terrain, les équations à résoudre tout en sachant que la plus simple est la plus meurtrière, à savoir tuer sans discuter. Les paysans sont souvent manipulés par des rumeurs et pour savoir réellement pourquoi ils sont là armés, il faut de la patience et de la ruse. Encore faut-il apporter une solution pour les satisfaire et les convaincre.  
 
Chers compatriotes, je ne suis pas dans la salle pour répondre aux questions ou pour intervenir, je vous demande de discuter en tant que patriotes burundais. Celui qui ne défend que les hutu est leur pire ennemi. Celui qui défend que les tutsi est leur pire ennemi. Défendons tout le peuple. Comprenons ce qui s’est passé sans passion, sans complaisance.  
 
Je vous remercie
 

 

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Modifié en dernier lieu le 5.09.2009
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